Burundi : l’optimisme du pouvoir face à la désillusion de l’opposition.

Alors que le Conseil des droits de l’homme se penche, ce mardi, sur le dossier burundais à Genève avec comme toile de fond un rapport accablant de la Commission d’enquête de l’ONU, Bujumbura continue à vanter la paix retrouvée ; mais l’opposition dément.


« Nous allons engranger les dividendes de la paix, le pire que tous nos ennemis d’ici et d’ailleurs nous souhaitent est derrière nous, rester sereins », a déclaré ce lundi, le président burundais, Pierre Nkurunziza, depuis sa province natale de Ngozi (120 km de Bujumbura), au nord. Il était parti inaugurer des infrastructures publiques construites avec sa participation à côté de la population mobilisée par l’administration locale.

Depuis plus de deux ans, toutes les autorités burundaises ne cessent de vanter la paix ambiante. « Seuls les putschistes et les occidentaux qui convoitent le potentiel minier du Burundi voient la crise au Burundi, ils ne le font pas par amour », a déclaré samedi dernier via twitter, Willy Nyamitwe, conseiller principal du président Nkurunziza. Ce dernier a d’ailleurs animé une conférence samedi dernier à Paris sur la situation qui prévaut au Burundi.

Tous les ministres ont la mission de sillonner le pays pour rassurer la population. Le Burundi se dit officiellement victime d’un complot international. Chaque samedi, les Burundais sont régulièrement invités à descendre dans la rue pour manifester contre des rapports de l’ONU et des ONGs des droits de l’homme qui font état de graves violations des droits de l’homme. Dans les rues de Bujumbura, la capitale, des milliers de militants du parti au pouvoir ont ainsi manifesté, samedi dernier, contre le rapport de la Commission onusienne sur les droits de l’homme au Burundi. Ce rapport sera présenté ce mardi à Genève dans le cadre de la 36ème session du Conseil des droits de l’homme.

Selon le porte-parole du gouvernement burundais, Philippe Nzobonariba, Bujumbura y a dépêché une délégation conduite par Martin Nivyabandi, ministre en charge des Droits de l’homme. « Il va leur répéter ce que nous avons toujours dit : ce rapport est biaisé et est plein de contre-vérités, nous l’avons rejeté en bloc », a-t-il déclaré à la radio d’état, RTNB, ce lundi soir. Bujumbura qui s’est déjà désengagé de la CPI, en octobre 2016, a refusé l’accès des enquêteurs de l’Onu sur son territoire.

Selon le général Evariste Ndayishimiye, président du parti Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (Cndd-Fdd) au pouvoir, « le Burundi doit cesser de se laisser distraire par ceux qui ont un autre agenda », a-t-il déclaré. « Nous devons nous atteler à la préparation des élections de 2020 », a-t-il ajouté.

Effectivement, les autorités burundaises ont en ligne de mire les élections de 2020. Le 1er juillet dernier, date de commémoration de l’indépendance du pays, Pierre Nkurunziza a invité les Burundais à apporter chacun leurs contributions pour financer ce processus électoral sans attendre des appuis externes. Il a personnellement versé 5.000.000 de francs burundais (Fbu), soit près de 3000 euros, sur un compte bancaire créé à cet effet.  Il a aussi mis en place une commission chargée de réviser la constitution. Son rapport est attendu en novembre prochain. La commission devrait élaguer la limite des mandats présidentiels.

Ce tableau peint par les autorités contraste avec la réalité du pays, marquée par des assassinats à répétition, des enlèvements et des emprisonnements à la pelle. La semaine dernière, un militant de l’opposition, Léopold Habarugira, a été kidnappé en plein jour pas des hommes en uniforme de police à Bujumbura. Personne ne l’a plus revu. Des organisations des droits de l’homme comme SOS-Torture/Burundi et la ligue des droits de l’homme ITEKA recensent des dizaines de morts chaque mois.

Vu du côté de l’opposition, la situation va de mal en pis. « C’est cynique de dire que le pays est en paix alors qu’il est jonché de morts chaque jour, la paix ne se proclame pas, elle se vit », a déclaré Tatien Sibomana, porte-parole du parti Union pour le progrès national, UPRONA.

Pour l’ancien chef d’Etat, Domitien Ndayizeye, du parti Front pour la démocratie au Burundi, une autre force de l’opposition, les autorités doivent collaborer avec l’Onu. « S’ils n’ont rien à se reprocher, qu’ils ouvrent la porte aux enquêteurs de l’Onu, sinon ils finiront par se faire démasquer », a-t-il déclaré.

Pour l’opposition radicale coalisée au sein du Conseil National pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit, CNARED, l’issue de la crise est dans les négociations inclusives. « La sous-région doit contraindre Pierre Nkurunziza à accepter de négocier avec les véritables opposants », a déclaré dans un communiqué le professeur Charles Nditije, président du CNARED. Selon le bureau du Facilitateur dans la crise burundaise, Benjamin Mkapa, ancien président tanzanien, le prochain round des négociations inter-burundais est fixé pour octobre prochain à Arusha en Tanzanie. Depuis juillet 2015, le facilitateur n’a jamais pu rassembler sur la même table le gouvernement burundais et ses opposants radicaux. Bujumbura les accuse de putschistes et de perturbateurs de la sécurité.

Le Burundi est, depuis plus de deux ans, en proie à une grave crise politique et sécuritaire née de la volonté de Pierre Nkurunziza de briguer son 3eme mandat consécutif, illégal selon l’opposition et la société civile. Des violences ont déjà fait plus d’un millier de morts et poussé plus de 400.000 Burundais à l’exil selon l’ONU.

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