Un exilé burundais s’adressant au Prince Louis Rwagasore

A Son Excellence Prince Louis Rwagasore,

Excellence,

Depuis ma lointaine terre d’exil, je prends mon courage à deux mains pour vous adresser cette missive en ce 13 octobre 2017. Date symbolique rappelant tristement le jour où le destin tragique vous a brutalement arraché de notre chère patrie, le Burundi, après une rude et héroïque bataille pour son dépendance.

En écrivant LIBERTE et INDEPENDANCE en lettres de sang, le vôtre, vous vous êtes volontairement offert en sacrifice expiatoire pour le salut de tous les Burundais. Nul n’en disconviendra.

Aujourd’hui, j’ai donc une foultitude de raisons de m’adresser à vous par cette voix épistolaire. J’en évoquerai seulement quelques-unes pour le moment.

En tant que citoyen patriote, je me sens naturellement astreint à l’impératif de ne jamais oublier votre noble combat et votre inoxydable héroïsme qui a permis au Burundi d’intégrer fièrement la cour des grands sur le plan politique. Celle des Etats libres et indépendants.

Je profite donc de ce moment où le Burundi commémore le 56ème anniversaire de votre assassinat pour saluer une fois de plus Votre mémoire. Mais je le fais, non sans ressentiment ou regret, car il m’est physiquement impossible de participer aux activités de commémoration de votre assistanat au Burundi, un pays où les hypocrites, les menteurs, les voleurs, les agresseurs, les criminels occupent le haut du pavé et les citoyens probes le bas du fossé.

Quoi qu’il en soit, je garderai à jamais en mémoire les conseils que vous avez prodigués aux Burundais peu avant votre assassinat, notamment au moment de la victoire du parti UPRONA (Unité pour le progrès national) dont vous resterez un des grands artisans et leaders charismatiques.

Votre conception de l’autorité avait une portée nationale et non partisan. Votre historique discours du 18 septembre 1961 l’illustre à souhait. « Sans autorité forte, aucun pays ne connaît l’ordre, la paix, la tranquillité. Sans autorité forte, point de progrès. C’est aussi le triomphe de la démocratie telle que le peuple murundi la comprend et la veut, c’est-à-dire la véritable justice sociale plutôt que des formes extérieures d’une démocratie de surface. L’heure est arrivée de se pencher sur les véritables problèmes de la nation : problèmes économiques surtout, problèmes de la terre et de l’émancipation sociale du petit peuple, problèmes de l’enseignement et tant d’autres, auxquels nous cherchons et trouverons des solutions qui nous sont propres ».

Vous prôniez déjà un Etat pacifié pour tous les Burundais. « Il faut surtout que les habitants du Burundi se sentent en paix et en sécurité, il faut que personne ne se croit menacé, et que chacun ait confiance dans la protection du Gouvernement. C’est pourquoi ce Gouvernement qui sera formé bientôt aura comme premier devoir de sévir sévèrement contre tout fauteur des troubles, les irresponsables quels qu’ils soient. J’exhorte surtout plus spécialement les partisans et amis de l’UPRONA à se montrer dignes de la victoire du Parti. Les militants actifs doivent agrandir le cercle de nos amis, tendre loyalement et cordialement la main aux adversaires d’hier et non étaler de l’orgueil ou de l’insolence ».

Né quelques semaines avant la victoire de l’UPRONA en septembre 1961 et avant votre assassinat, je n’ai pas eu la chance de vous côtoyer. Mais je l’ai fait par ma mère interposée. Elle m’a tout raconté avant que l’école ne la complète. Malgré la tourmente du moment, vous marquerez toujours notre quotidien. Et comme l’a si bien dit l’écrivain Birago Diop, les morts ne sont pas morts.

 

Aujourd’hui, votre mémoire est Sali par des vautours qui rivalisent d’ardeur pour tuer, voler, violer et vouer aux gémonies tout ce qui fait référence à l’ordre, la justice, la paix et la concorde nationale. Je pense que c’est une parenthèse qui devrait vite se refermer pour que le pays retrouve le chemin de la liberté et du développement.

 

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire et dans l’ombre qui s’épaissit, les morts ne sont pas sous la terre : ils sont dans l’arbre qui frémit, ils sont dans le bois qui gémit, dans l’eau qui coule, dans l’eau qui dort, dans la cave, ils sont dans la foule, les morts ne sont pas morts ».

 

Ndikumana Jean

 

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